Ce guide pratique fait le point sur les données disponibles, les leviers de négociation et les obligations réglementaires à ne pas manquer.
1. Ce que disent les chiffres : récolte 2026 et marché vrac
Le 7 octobre 2026, Agreste a publié son estimation finale : la récolte française atteindrait près de 35 millions d'hectolitres, en recul d'environ 2 % par rapport à 2025 et de 14 % par rapport à la moyenne 2021-2025 [1]. La récolte 2025 avait déjà été classée comme la plus faible depuis 1957 par l'Organisation internationale de la vigne et du vin (OIV) ; 2026 s'inscrit donc dans la continuité d'un vignoble qui se resserre, sous l'effet conjugué des canicules, de la sécheresse et des plans d'arrachage [1].
Deux causes principales expliquent ce recul : les épisodes de canicule et la sécheresse estivale, qui ont réduit les rendements, et les plans d'arrachage aidés par l'État, qui ont diminué les surfaces de vignes en production d'environ 2,5 % sur un an [1].
Du côté du marché vrac, la note de conjoncture de FranceAgriMer publiée le 1er octobre 2026 — qui couvre les six premières semaines de la campagne 2026/2027 — est sans ambiguïté : globalement, les volumes sont en baisse pour les vins rouges et blancs, aussi bien les Vins de France que les IGP [2]. Les données portent sur les contrats d'achat en vrac et les évolutions sont calculées par rapport à la campagne 2024/2025 [2]:
| Vin de France rouge | 26 667 hl | −44 % | 60 €/hl | +13 % |
|---|---|---|---|---|
| Vin de France rosé | 51 013 hl | +45 % | 66 €/hl | +2 % |
| Vin de France blanc | 22 656 hl | −36 % | 79 €/hl | −1 % |
| IGP rouge | 48 408 hl | −30 % | 95 €/hl | +9 % |
| IGP rosé | 69 588 hl | +5 % | 80 €/hl | −1 % |
| IGP blanc | 36 672 hl | −37 % | 116 €/hl | +9 % |
Le rosé fait figure d'exception : les volumes de Vins de France rosés progressent de +45 % et les IGP rosés de +5 %, avec des prix quasi stables [2]. Il y a du rosé disponible et les acheteurs ne se battent pas pour l'obtenir — à l'inverse des rouges.
2. Quand vendre : lire le marché avant de signer
Dans ce contexte de pénurie relative sur les rouges, le réflexe de vendre vite pour sécuriser la trésorerie peut coûter cher. Quelques repères concrets :
Surveillez votre stock en mois de ventes. En Bourgogne, les stocks de vins sont tombés à 16 mois de ventes selon les données Demat'Vin du BIVB citées dans la conjoncture de la DRAAF Bourgogne-Franche-Comté du 12 octobre 2026 [3]. Pour les vins rouges bourguignons, ce niveau baisse sous l'action des petites récoltes passées, et non en fonction de la demande [3]. Connaître votre propre ratio stock/ventes mensuelles vous permet de déterminer combien de volume vous pouvez engager sans fragiliser vos livraisons futures.
Les rouges se vendent moins vite, mais plus cher. Les transactions de vins en vrac de Bourgogne entre la viticulture et le négoce en août 2026 s'établissent à 389 400 hl, en retrait de 9 % par rapport à la campagne précédente [3]. La faible récolte pèse sur le disponible, ce qui soutient les prix — mais ralentit aussi les échanges. Ne confondez pas une hausse de prix avec une facilité à écouler les volumes.
Le rosé est en surplus : ne tardez pas. À l'inverse des rouges, le rosé ne bénéficie pas de la tension sur l'offre. Si vous disposez de volumes rosés, il est préférable de ne pas attendre une hypothétique hausse qui n'est pas visible dans les données actuelles.
3. Comment fixer les prix dans vos contrats
La hausse du prix du vrac rouge (+13 % sur les VDF rouges à 60 €/hl, +9 % sur les IGP rouges à 95 €/hl) est réelle, mais elle arrive après plusieurs années très difficiles pour les caves du Sud [2]. Il s'agit d'une respiration, pas d'un nouveau cycle haussier assuré.
Pour fixer un prix de contrat solide, voici les pratiques à considérer :
- Ancrez-vous sur les prix publiés par FranceAgriMer comme référence de marché, en précisant la date de publication dans le contrat. Cela évite les contestations a posteriori.
- Distinguez contrats spot et contrats à terme. Un contrat spot porte sur du stock existant, déjà vinifié et analysé. Un contrat à terme (sur récolte future ou en cours de vinification) comporte un risque de non-livraison plus élevé — voir section suivante.
- Indexez si possible sur une référence publiée. Si vous ne souhaitez pas figer un prix, négociez une clause d'indexation sur la cotation FranceAgriMer du mois de livraison effectif.
- Précisez le cahier des charges analytique : appellation ou mention géographique, degré, acidité volatile maximale, SO₂ total maximum. Tout manquement à ces critères peut invalider la livraison et déclencher un litige.
4. Gérer le risque de non-livraison d'un contrat déjà signé
La conjoncture de la DRAAF Bourgogne-Franche-Comté du 12 octobre 2026 le formule clairement : « La crainte de ne pas pouvoir honorer des contrats participe certainement » à la hausse des prix du vrac [3]. Ce risque est donc déjà intégré dans le marché — et il doit l'être aussi dans votre gestion.
Connaissez votre disponible réel avant de signer. Le disponible n'est pas votre récolte brute : il faut déduire les volumes déjà engagés (contrats en cours, autorisations de mise en circulation), les volumes réservés pour votre gamme propre (mise en bouteille domaine ou cave), et une marge de sécurité pour les aléas de vinification (pertes, refus analytiques).
Le CVI et la DRM sont vos outils de suivi. Le casier viticole informatisé (CVI) est un outil que les États membres de l'Union européenne doivent tenir obligatoirement ; il contient notamment les informations relatives aux entreprises vitivinicoles, aux niveaux de production et de stock [4]. La déclaration récapitulative mensuelle (DRM), déposée via CIEL, est votre tableau de bord réglementaire du disponible au quotidien.
En cas de force majeure climatique ou sanitaire, documentez immédiatement (constats d'huissier, rapports d'expert, relevés météo) et informez par écrit votre acheteur sans délai. Une notification tardive fragilise votre position juridique, même si la cause est réelle.
Évitez les contrats à livraison différée sans clause de révision. Si vous signez aujourd'hui sur la récolte en cours et que la vinification révèle un volume inférieur aux prévisions (rendements plus bas que l'estimation de septembre, pertes en cuve), une clause de révision partielle vous permet de renégocier sans rupture totale de contrat.
5. Déclarations, registre et stock : ce qu'il faut avoir en ordre
Avant de commercialiser du vrac cette campagne, assurez-vous que votre situation réglementaire est à jour.
Déclaration de récolte : les récoltants déposent leur déclaration sur le téléservice VENDANGES ; la date limite est fixée au 10 décembre de chaque année [6].
Déclaration de production : les négociants vinificateurs qui produisent du vin à partir de raisins ou de moûts achetés déposent une déclaration de production, dont la date limite est fixée au 10 janvier de l'année suivant la récolte [7].
DRM mensuelle : l'entrepositaire agréé dépose une DRM auprès de son service des douanes au plus tard le 10 du mois suivant, via CIEL [5].
Déclaration de stocks : la déclaration de stock reprend les stocks restant dans vos entrepôts au 31 juillet ; la date limite de dépôt réglementaire est le 10 septembre à 23 h 59, via le téléservice STOCK [8].
Un registre à jour et des déclarations déposées dans les délais vous permettent de connaître votre disponible certifié — le seul qui compte dans une négociation vrac sérieuse, et le seul qui vous protège en cas de contrôle ou de litige avec l'acheteur.
Sur la facturation électronique : depuis le 1er septembre 2026, toutes les entreprises, quelle que soit leur taille, doivent recevoir leurs factures sous forme électronique dès lors que leur fournisseur a l'obligation de les émettre sous ce format [9]. Les grandes entreprises et les entreprises de taille intermédiaire sont déjà tenues d'émettre leurs factures sous format électronique à cette date [9]. Si votre négoce acheteur est une grande entreprise ou une ETI, attendez-vous à recevoir vos factures d'acompte et de solde en format électronique via une plateforme agréée.
Dans un contexte où le disponible réel est la donnée critique, Cepaos permet de suivre vos cuves et lots, vos entrées (réception vendange, lots vrac achetés) et vos sorties (contrats vrac, mise en bouteille, transferts). Le module de gestion commerciale et de facturation électronique est intégré à la plateforme, et le suivi des déclarations réglementaires (registre de chai, déclarations douane) fait partie du flux de travail quotidien.
Pour voir comment Cepaos s'adapte à la taille et au fonctionnement de votre cave ou coopérative, découvrez la plateforme.
Sources
- Vendanges 2026 : une récolte historiquement basse — Le blog MiiMOSA, publié le 22 octobre 2026. https://blog.miimosa.com/vendanges-2026-recolte-historiquement-basse/
- Vin en vrac : prix en hausse, exports en baisse (FranceAgriMer) | Vinabox — Vinabox, publié le 2 octobre 2026. https://www.vinabox.fr/actu/filiere-business/vin-vrac-prix-hausse-exportations-franceagrimer-septembre-2026/
- N°86 - Conjoncture agricole - octobre 2026 — DRAAF Bourgogne - Franche-Comté | Direction régionale de l, consulté le 2 novembre 2026. https://draaf.bourgogne-franche-comte.agriculture.gouv.fr/no86-conjoncture-agricole-octobre-2026-a3830.html
- CVI — casier viticole informatisé — DGDDI — démarche « Immatriculer votre entreprise vitivinicole au CVI » — Direction générale des douanes et droits indirects (DGDDI), vérifié le 2 octobre 2026. https://www.douane.gouv.fr/demarche/immatriculer-votre-entreprise-vitivinicole-au-cvi
- DRM — déclaration récapitulative mensuelle — Décret n° 2021-1914 du 30 décembre 2021, art. 38-4, 1., 1° (créé par le décret n° 2023-1295 du 28 décembre 2023, art. 4) ; DGDDI — démarche « Déposer une déclaration récapitulative mensuelle (DRM) » — Direction générale des douanes et droits indirects (DGDDI), vérifié le 2 octobre 2026. https://www.douane.gouv.fr/demarche/deposer-une-declaration-recapitulative-mensuelle-drm
- Déclaration de récolte — Code rural et de la pêche maritime, art. L. 665-21 ; règlement délégué (UE) 2018/273, art. 31 et 33 — Direction générale des douanes et droits indirects (DGDDI), vérifié le 2 octobre 2026. https://www.douane.gouv.fr/demarche/declarer-sa-recolte-et-production
- Déclaration de production — négociants vinificateurs — Règlement délégué (UE) 2018/273, art. 31 — Direction générale des douanes et droits indirects (DGDDI), vérifié le 2 octobre 2026. https://www.douane.gouv.fr/demarche/declarer-la-production-de-vin-dun-negociant-vinificateur
- Déclaration de stocks de vins et de moûts — Règlement délégué (UE) 2018/273, art. 32 — Direction générale des douanes et droits indirects (DGDDI), vérifié le 2 octobre 2026. https://www.douane.gouv.fr/demarche/declarer-ses-stocks-de-vins-et-de-mouts
- Facturation électronique : réception obligatoire depuis le 1er septembre 2026 — Loi de finances pour 2026, art. 123 ; décret n° 2026-677 du 27 juillet 2026 — Direction générale des Finances publiques (DGFiP), vérifié le 2 octobre 2026. https://www.impots.gouv.fr/professionnel/questions/partir-de-quand-suis-je-concerne-par-la-reforme-de-la-facturation